La faim dans le monde ne relève pas de la fatalité. C’est l’un des messages centraux que porte Oxfam France depuis des années, en documentant avec précision les causes structurelles de l’insécurité alimentaire et en proposant des pistes concrètes pour y remédier. À l’heure où les crises climatiques, économiques et géopolitiques se superposent, la question de l’accès à une nourriture suffisante et de qualité devient plus urgente que jamais.
Un tableau mondial alarmant
En 2023, plusieurs centaines de millions de personnes souffrent encore de sous-alimentation chronique, un chiffre qui stagne voire progresse malgré les engagements internationaux pris autour de l’Objectif de Développement Durable n°2, dit « Faim Zéro ». Oxfam identifie des causes multiples et imbriquées à cette situation : des systèmes agricoles fragilisés, des inégalités économiques criantes, des conflits armés qui dévastent les capacités productives locales, et un changement climatique qui menace directement les récoltes dans les régions les plus vulnérables du globe. La sécurité alimentaire n’est pas qu’une question de production agricole — elle est profondément liée aux rapports de pouvoir, à l’accès à la terre, à l’eau et aux marchés.
L’agroécologie, une réponse à la hauteur des enjeux
Parmi les solutions mises en avant par l’ONG, l’agroécologie occupe une place centrale. Cette approche, qui conjugue savoirs traditionnels et innovations agronomiques, vise à produire de la nourriture en préservant les équilibres naturels plutôt qu’en les épuisant. Contrairement à l’agriculture industrielle intensive, elle favorise la biodiversité, limite le recours aux intrants chimiques et renforce la résilience des exploitations face aux aléas climatiques.
Oxfam insiste sur le fait que l’agroécologie n’est pas une solution marginale réservée à quelques paysans militants : elle représente un modèle capable de nourrir des populations entières tout en régénérant les sols et en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Des expériences réussies sur plusieurs continents montrent qu’avec un soutien politique et financier approprié, cette transition est non seulement possible, mais souhaitable à grande échelle.
Le rôle déterminant des femmes dans la lutte contre la faim
Un angle trop souvent négligé dans le débat public est celui du genre. Pourtant, les femmes représentent une part majeure de la main-d’œuvre agricole mondiale, notamment dans les pays du Sud. Elles sont aussi les premières à pâtir de l’insécurité alimentaire, tout en étant en première ligne pour y faire face au quotidien au sein de leurs familles et communautés.
Le changement climatique aggrave encore ces inégalités : sécheresses prolongées, inondations répétées, dégradation des terres — autant de phénomènes qui alourdissent la charge de travail des femmes rurales sans que celles-ci bénéficient des ressources ni de la reconnaissance nécessaires. Oxfam plaide pour que les politiques agricoles intègrent systématiquement une dimension de genre, en garantissant aux femmes l’accès à la propriété foncière, au crédit agricole et aux instances de décision.
Manger durable : un geste individuel, un enjeu collectif
La sécurité alimentaire se joue aussi dans nos assiettes. Oxfam invite chacun à reconsidérer ses habitudes de consommation en adoptant une alimentation plus durable : réduction de la viande, choix de produits locaux et de saison, lutte contre le gaspillage alimentaire. Ces comportements individuels, s’ils restent insuffisants sans transformations systémiques, participent néanmoins à réduire la pression exercée sur les ressources naturelles et à modifier progressivement les dynamiques de marché.
- Privilégier les circuits courts et les produits issus de l’agriculture biologique ou agroécologique
- Réduire sa consommation de protéines animales, grande consommatrice de terres et d’eau
- Éviter le gaspillage en planifiant ses achats et en valorisant les restes alimentaires
- Soutenir les initiatives citoyennes et les associations engagées pour la souveraineté alimentaire
Agrocarburants : quand l’énergie dévore la nourriture
Oxfam tire également la sonnette d’alarme sur un paradoxe inquiétant : le développement des agrocarburants, présentés comme une alternative verte aux énergies fossiles, se fait souvent au détriment des terres agricoles destinées à l’alimentation humaine. En détournant des surfaces cultivables vers la production d’éthanol ou de biodiesel, cette politique contribue à renchérir le coût des denrées alimentaires et à aggraver la compétition pour l’accès à la terre, notamment dans les pays du Sud. Un choix que l’ONG qualifie sans détour de catastrophique pour les populations les plus pauvres.
Agir ensemble pour un système alimentaire juste
La sécurité alimentaire mondiale exige une réponse globale, cohérente et inclusive. Elle passe par des politiques agricoles réorientées vers l’intérêt commun, un encadrement strict des marchés financiers spéculatifs sur les matières premières, et une coopération internationale renforcée. Oxfam rappelle que les ressources nécessaires pour éliminer la faim existent — ce qui manque, c’est la volonté politique de les mobiliser équitablement. Un combat qui nous concerne toutes et tous.
