À l’heure où les crises humanitaires se multiplient et où les financements publics en faveur de la solidarité internationale sont fragilisés, les grandes organisations non gouvernementales spécialisées dans la lutte contre la faim et le développement durable se retrouvent en première ligne. Parmi elles, Action Contre la Faim (ACF) et le GRET (Groupe de Recherche et d’Échanges Technologiques) incarnent deux approches complémentaires mais convergentes d’un même idéal : construire un monde plus juste, où chaque individu accède à une alimentation suffisante et à des conditions de vie dignes.
ACF et GRET : des missions complémentaires au service des populations vulnérables
Fondée à la fin des années 1970, Action Contre la Faim intervient dans une quarantaine de pays à travers le monde, déployant des programmes d’urgence et de résilience dans des domaines aussi variés que la nutrition, la sécurité alimentaire, l’eau et l’assainissement ou encore la santé mentale. Son positionnement est résolument dual : agir vite lors des crises aiguës, mais aussi accompagner les communautés sur le long terme pour prévenir les situations d’urgence.
Le GRET, de son côté, se distingue par une approche centrée sur le développement durable et la coopération technique. Présent dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, il travaille à renforcer les capacités locales, à améliorer les systèmes alimentaires et à promouvoir des modèles économiques inclusifs. Là où ACF intervient souvent dans l’urgence, le GRET s’inscrit davantage dans le temps long, en misant sur le transfert de compétences et l’accompagnement des acteurs locaux.
La faim, un défi qui ne mobilise plus suffisamment les décideurs
Malgré des décennies de progrès mesurables, la lutte contre la malnutrition traverse une période de recul préoccupant. Des responsables du secteur humanitaire alertent régulièrement sur le désengagement progressif des décideurs politiques face à cette problématique. La faim, pourtant étroitement liée aux conflits armés, aux inégalités économiques et au dérèglement climatique, peine à s’imposer durablement à l’agenda international. Cette perte de visibilité est d’autant plus inquiétante que les besoins sur le terrain ne cessent de s’accroître, notamment en Afrique subsaharienne et au Sahel.
Ce constat pousse des organisations comme ACF à diversifier leurs stratégies de plaidoyer, en interpellant non seulement les gouvernements mais aussi les institutions financières, les entreprises privées et les citoyens. Il s’agit de remettre la question alimentaire au cœur du débat public, en rappelant qu’elle constitue un droit humain fondamental.
L’APD et le financement de la solidarité internationale en question
L’Aide Publique au Développement (APD) représente l’un des leviers essentiels sur lesquels s’appuient les ONG pour mener à bien leurs missions. Or, dans plusieurs pays donateurs, ces budgets font l’objet de coupes ou de redéfinitions qui menacent la continuité de nombreux programmes. Les organisations de la société civile, regroupées au sein de plateformes comme Coordination SUD en France, plaident activement pour le maintien et le renforcement de ces financements, rappelant leur rôle structurant non seulement pour le développement, mais aussi pour la stabilité géopolitique mondiale.
Dans ce contexte, certaines ONG appellent également à explorer de nouveaux mécanismes de financement innovants. Le renforcement de la taxe sur les transactions financières, par exemple, est régulièrement mis en avant comme une piste sérieuse pour abonder les fonds dédiés à la solidarité internationale, sans peser davantage sur les contribuables les plus modestes.
Des projets concrets pour transformer les territoires
Sur le terrain, les initiatives portées par ces organisations témoignent d’une capacité d’adaptation remarquable. À titre d’exemple, des projets de grande envergure comme PROPEL Adapt au Mali illustrent comment la coopération internationale peut se traduire en améliorations concrètes pour des millions de personnes, en combinant enjeux de santé, d’alimentation et d’adaptation au changement climatique. Ce type de programme, souvent co-construit avec des acteurs locaux et des partenaires techniques, reflète la philosophie portée à la fois par ACF et le GRET : une aide qui responsabilise plutôt qu’elle n’assiste.
La mobilisation citoyenne joue également un rôle croissant. Des événements comme des concerts de solidarité organisés à l’occasion de la Fête de la Musique permettent de sensibiliser le grand public à ces enjeux, en donnant une visibilité populaire à des causes qui restent souvent cantonnées aux cercles spécialisés.
Vers un développement solidaire repensé
Face à l’ampleur des défis — conflits, changements climatiques, crises économiques —, le développement solidaire ne peut plus se contenter de réponses ponctuelles. ACF, le GRET et leurs homologues appellent à une refonte profonde des paradigmes de l’aide internationale, fondée sur le respect de la souveraineté des peuples, le renforcement des systèmes locaux et une gouvernance mondiale plus équitable. C’est à cette condition que la lutte contre la faim pourra redevenir une priorité partagée, et non une urgence périodiquement rappelée avant d’être oubliée.
