Dans un monde où les systèmes alimentaires sont de plus en plus questionnés pour leur impact sur la santé humaine et environnementale, certaines organisations choisissent de placer les paysans et les éleveurs au centre de leurs préoccupations. Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) fait partie de ces acteurs discrets mais essentiels de la solidarité internationale, dont l’action mérite d’être mieux connue.
Une ONG au service des agricultures paysannes du Sud
Fondée il y a plusieurs décennies, AVSF mobilise des compétences techniques en agronomie et en médecine vétérinaire pour accompagner des communautés rurales parmi les plus vulnérables de la planète. L’organisation intervient en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les pays du Caucase, auprès de populations dont la survie dépend directement de la qualité de leurs terres, de leurs troupeaux et de leur accès aux ressources naturelles.
Sa philosophie repose sur une conviction forte : les paysans et les éleveurs ne sont pas de simples bénéficiaires de l’aide internationale, mais des acteurs capables de porter des solutions durables à condition qu’on leur en donne les moyens. Cette approche participative distingue AVSF d’une aide humanitaire plus classique et lui confère une légitimité de terrain reconnue par ses partenaires locaux comme par les institutions internationales.
Le pastoralisme, un mode d’élevage porteur de solutions climatiques
L’un des axes forts du travail d’AVSF concerne le soutien aux communautés pastorales, ces éleveurs nomades ou semi-nomades qui pratiquent la transhumance depuis des générations. Loin d’être un vestige du passé, le pastoralisme représente aujourd’hui un mode de gestion des territoires particulièrement adapté aux zones arides et semi-arides, là où l’agriculture sédentaire peine à s’imposer.
Ces communautés détiennent un savoir-faire ancestral en matière de gestion durable des ressources naturelles. En permettant aux troupeaux de se déplacer selon les saisons et les ressources disponibles, elles contribuent à préserver la biodiversité des écosystèmes fragiles et à entretenir des sols dont la capacité à stocker le carbone est aujourd’hui reconnue par la communauté scientifique. Des échanges entre éleveurs de différents continents — comme ceux organisés entre pasteurs sénégalais et mongols — illustrent la richesse de ces savoirs et l’intérêt de les faire dialoguer pour renforcer leur résilience face au dérèglement climatique.
L’agroécologie paysanne comme réponse aux crises alimentaires
AVSF est également un acteur engagé dans la promotion de l’agroécologie, cette approche qui vise à réconcilier la production agricole avec les équilibres naturels. Face au constat que l’agriculture intensive peut autant nourrir que fragiliser les populations — en dégradant les sols, en contaminant les eaux et en exposant les agriculteurs à des substances chimiques dangereuses — l’organisation défend des pratiques alternatives fondées sur la diversification des cultures, la réduction des intrants chimiques et la valorisation des semences locales.
Cette conviction s’incarne notamment dans le Prix Benoît Maria pour l’agroécologie paysanne, dont la première édition a été lancée récemment. Ce prix rend hommage à un agronome d’AVSF assassiné au Guatemala alors qu’il accompagnait des communautés indigènes dans leurs projets agricoles. Originaire de Chartres, Benoît Maria était décrit par ses proches et ses collègues comme quelqu’un d’impressionnant par sa connaissance des cultures autochtones et son engagement sans faille. Ce prix perpétue sa mémoire tout en valorisant des initiatives paysannes exemplaires à travers le monde.
Un engagement politique et citoyen affirmé
Au-delà du terrain, AVSF s’engage activement dans les débats de société sur les politiques agricoles et alimentaires. L’organisation plaide pour une transformation profonde des systèmes alimentaires mondiaux, dénonçant les modèles productivistes qui concentrent les richesses entre quelques mains tout en appauvrissant des millions de petits producteurs.
- Soutien à la souveraineté alimentaire des peuples
- Défense des droits des paysans et des éleveurs dans les instances internationales
- Promotion de l’accès à la terre et aux ressources naturelles pour les communautés rurales
- Plaidoyer pour une régulation des multinationales de l’agrochimie et de l’agroalimentaire
Ces prises de position font d’AVSF bien plus qu’une ONG technique : c’est une organisation qui assume une vision politique de la solidarité internationale, ancrée dans la défense des droits humains et de la justice sociale.
Une expertise reconnue, une discrétion à surmonter
Malgré la qualité et l’étendue de son action, AVSF reste relativement méconnue du grand public francophone. Pourtant, ses programmes touchent chaque année des centaines de milliers de bénéficiaires directs sur plusieurs continents, et son expertise est régulièrement sollicitée par les institutions européennes et les agences onusiennes. Soutenir AVSF, c’est choisir de faire confiance à une approche de la coopération internationale fondée sur le respect des savoirs locaux, la durabilité des solutions et la dignité des populations accompagnées.
Dans un contexte où les crises climatiques, sanitaires et alimentaires se multiplient et s’entremêlent, le modèle porté par AVSF apparaît plus pertinent que jamais. Il rappelle que les réponses aux grands défis de notre époque se trouvent souvent dans les pratiques de ceux que l’on entend le moins.
