Dans un monde où les systèmes alimentaires sont de plus en plus questionnés pour leur impact environnemental et social, une organisation française se distingue par son engagement de terrain auprès des populations rurales les plus fragilisées : Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, plus connue sous l’acronyme AVSF. Fondée sur la conviction que l’agriculture peut être à la fois un levier de justice sociale et de préservation des écosystèmes, cette ONG déploie ses actions sur plusieurs continents, en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Une mission ancrée dans les réalités du terrain
AVSF ne conçoit pas le développement agricole comme une série de solutions importées depuis les pays du Nord. Au contraire, l’organisation fait le pari de valoriser les savoirs locaux et les pratiques traditionnelles pour construire des réponses adaptées aux défis contemporains. Cette philosophie se traduit concrètement dans des projets qui placent les communautés rurales au cœur des décisions, qu’il s’agisse de paysans d’Afrique subsaharienne, d’éleveurs nomades d’Asie centrale ou de petits producteurs andins.
L’une des convictions centrales d’AVSF est que l’agriculture industrielle telle qu’elle est pratiquée à grande échelle peut autant nuire que bénéficier aux populations. Les modèles intensifs, grands consommateurs d’intrants chimiques, fragilisent les sols, polluent les ressources en eau et exposent les agriculteurs à des risques sanitaires réels. Face à ce constat, l’ONG promeut activement les transitions vers des pratiques agroécologiques, moins dépendantes des produits de synthèse et davantage respectueuses des équilibres naturels.
L’élevage pastoral, un allié méconnu contre le changement climatique
Parmi les combats portés par AVSF, la défense des communautés pastorales occupe une place particulièrement importante. Ces éleveurs, qui pratiquent la transhumance depuis des générations en adaptant leurs déplacements aux ressources disponibles, sont souvent présentés à tort comme des acteurs passifs face aux bouleversements climatiques. Or, les recherches et les expériences de terrain montrent que ces communautés détiennent des solutions précieuses pour gérer durablement les espaces naturels.
En Afrique de l’Ouest notamment, AVSF accompagne des projets visant à renforcer les capacités des éleveurs pastoraux. Au Sénégal, par exemple, des initiatives locales comme des foires d’élevage permettent de valoriser les productions animales et de créer des espaces d’échange entre acteurs de la filière. Ces événements, soutenus par des organisations partenaires, contribuent à structurer des filières locales plus résilientes et à améliorer les revenus des éleveurs.
L’organisation va plus loin en favorisant des échanges Sud-Sud, comme en témoignent les rencontres organisées entre éleveurs sénégalais et mongols, deux peuples aux traditions pastorales riches mais confrontés à des défis similaires : pression foncière, dérèglement climatique, marginalisation économique. Ce type de dialogue entre communautés permet un partage de pratiques innovantes sans passer par le prisme des modèles occidentaux.
L’agroécologie paysanne au cœur des engagements
AVSF s’implique également dans la reconnaissance et la promotion de l’agroécologie paysanne à travers des initiatives concrètes. La création du Prix Benoît Maria, dont la première édition a récemment été lancée, illustre cette volonté de mettre en lumière des acteurs souvent invisibles des transformations agricoles. Ce prix, pensé pour honorer des pratiques agroécologiques exemplaires portées par des paysans ou des organisations de terrain, s’inscrit dans une démarche plus large visant à changer les représentations autour de l’agriculture familiale.
Car derrière chaque projet soutenu par AVSF, il y a une ambition politique au sens noble du terme : démontrer que les petits producteurs, bien accompagnés et reconnus dans leurs droits, sont capables de nourrir leurs communautés tout en préservant la biodiversité et en contribuant à l’atténuation du changement climatique.
Un modèle de coopération à défendre et à amplifier
Dans un contexte international où les financements pour la coopération agricole sont soumis à des arbitrages budgétaires difficiles, le modèle porté par AVSF mérite une attention renouvelée. En combinant expertise technique, respect des cultures locales et vision systémique des enjeux alimentaires, l’organisation offre une alternative crédible aux approches purement productivistes.
Ses équipes de vétérinaires, d’agronomes et de spécialistes du développement rural travaillent chaque jour à tisser des liens entre science et pratiques traditionnelles, entre urgence climatique et justice sociale. Un engagement qui rappelle, si besoin était, que les solutions aux grands défis alimentaires du XXIe siècle se construiront avec les populations rurales, et non sans elles.
