Le secteur minier camerounais entre dans une nouvelle ère de régulation. Par deux décisions majeures signées le 15 avril 2026, le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT), Pr Fuh Calistus Gentry, dote le pays d’un cadre contraignant pour l’exportation des échantillons miniers et l’installation d’unités de fusion et d’ateliers de fabrication d’ouvrages en métaux précieux. Une troisième décision fixe des seuils minimaux de production d’or sur les sites artisanaux semi-mécanisés.
50 kg maximum par expédition d’échantillons
La première réforme cible une pratique jusqu’ici peu encadrée : l’envoi de minerais ou concentrés à l’étranger pour analyses ou essais industriels. Désormais, la quantité expédiée à titre d’échantillon à valeur non commerciale est strictement plafonnée. Selon la décision n°00186/D/MINMIDT/SG/BUSDAM du 15 avril 2026, 50 kilogrammes par expédition pour les substances précieuses et semi-précieuses, une tonne pour les métaux de base et les substances de carrières.
L’objectif est clair : empêcher les « exportations déguisées » de minerais sous couvert d’envois d’échantillons. Tout dépassement ou expédition à caractère commercial sera soumis aux droits et taxes en vigueur. Par ailleurs, les résultats d’analyses réalisés hors du Cameroun devront être systématiquement partagés avec l’État, afin d’enrichir la base de données géologiques nationale.
Transformation locale : 51 % de parts camerounaises et des régions dédiées
Second volet de la réforme, la décision n°00185/D/MINMIDT/SG/BUSDAM précise les modalités d’ouverture et d’installation des unités de fusion et des ateliers de fabrication d’ouvrages en substances précieuses et semi-précieuses.
Seules les personnes physiques camerounaises et les personnes morales de droit camerounais détenant au moins 51 % du capital peuvent obtenir l’autorisation ministérielle. Les unités de fusion de l’or issu de l’exploitation artisanale seront installées exclusivement dans quatre régions minières : l’Est, l’Adamaoua, le Nord et le Sud. En outre, tout titulaire d’une autorisation d’exploitation artisanale semi-mécanisée devra disposer d’une unité de fusion agréée sur son propre site.
Cette mesure vise à créer une véritable filière locale de bijouterie et d’orfèvrerie, avec pour ambition de transformer les ressources sur place, de générer de la valeur ajoutée et des emplois qualifiés, conformément à la volonté affichée du ministre de faire profiter l’économie nationale de chaque gramme extrait.

Production minimale d’or : 5, 7 ou 10 kg par mois
En complément, une troisième décision (n°0185/D/MINMIDT/SG/AUSDAM) fixe le seuil minimal de production d’or par site d’exploitation artisanale semi-mécanisée, en application de l’article 35 du décret du 18 novembre 2024 :
· 5 kg par mois pour un site disposant de 1 à 15 bols de lavage ;
· 7 kg par mois pour 16 à 29 bols ;
· 10 kg par mois pour au moins 30 bols.
Pour les sites n’utilisant pas de bols de lavage, le seuil sera déterminé au cas par cas par les services techniques du ministère. Les forces de défense chargées de la sécurisation des sites ont l’obligation de faciliter l’accès aux officiers de police judiciaire pour le contrôle.
Une feuille de route pragmatique
Avec ces textes, le Pr Fuh Calistus Gentry envoie un signal fort aux opérateurs miniers, artisans et exportateurs : la régulation ne sera plus une simple déclaration d’intention. Les brigades de contrôle ont reçu instruction d’assurer une application rigoureuse des nouvelles dispositions sur l’ensemble du territoire national.
« La modernisation du secteur minier ne doit pas rester lettre morte », rappelle le ministre. Elle doit se traduire par une présence permanente de l’autorité de l’État, une transparence accrue et une orientation résolue vers l’industrialisation locale. Les décisions, enregistrées et publiées selon la procédure d’urgence, seront insérées au Journal officiel en français et en anglais.
