La solidarité internationale traverse une période charnière. Entre pressions budgétaires sur l’aide publique au développement (APD), urgences humanitaires qui se multiplient et nécessité de construire des solutions durables sur le terrain, les organisations non gouvernementales comme Action Contre la Faim (ACF) et le GRET jouent un rôle déterminant. Ces deux structures, aux mandats distincts mais aux valeurs convergentes, illustrent la richesse et la complexité du secteur associatif français engagé à l’international.
Action Contre la Faim : de l’urgence à la résilience
Fondée sur le principe que la faim est évitable, Action Contre la Faim déploie ses programmes dans une quarantaine de pays à travers le monde. Son action ne se limite pas à la distribution alimentaire d’urgence : l’organisation développe des approches intégrées qui combinent nutrition, accès à l’eau et à l’assainissement, sécurité alimentaire et santé. Cette vision globale lui permet d’intervenir aussi bien dans les phases aiguës de crise que dans la durée, en accompagnant les communautés vers une autonomie progressive.
Dans ce cadre, ACF s’est récemment associée à d’autres ONG pour interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité de renforcer la taxe sur les transactions financières. L’objectif est clair : dégager des ressources supplémentaires et stables pour financer la solidarité internationale à la hauteur des besoins réels. Un appel qui résonne d’autant plus fort que l’APD fait l’objet de coupes budgétaires dans plusieurs pays donateurs, fragilisant des programmes vitaux pour des millions de personnes vulnérables.
Le GRET : expertise technique au service des populations
De son côté, le GRET — Professionnels du développement solidaire — adopte une posture davantage axée sur l’ingénierie du développement. Cette ONG française, forte de plusieurs décennies d’expérience, intervient sur des problématiques aussi variées que l’agriculture familiale, l’accès aux services essentiels, la gouvernance locale ou encore les systèmes de santé. Sa méthodologie repose sur une co-construction des solutions avec les acteurs locaux, garantissant ainsi l’appropriation des projets par les communautés bénéficiaires.
Les interventions du GRET à Madagascar illustrent bien cette approche. Le bilan d’un projet d’appui à la santé maternelle et infantile dans la Grande Île révèle des résultats encourageants : amélioration de l’accès aux soins, renforcement des capacités des agents de santé communautaires et meilleure prise en charge des femmes enceintes et des jeunes enfants. Ces avancées, obtenues en partenariat étroit avec les autorités sanitaires locales, démontrent que le développement durable passe avant tout par le renforcement des systèmes existants plutôt que par leur substitution.
Des synergies nécessaires dans un contexte de ressources contraintes
La complémentarité entre des organisations comme ACF et le GRET est aujourd’hui plus précieuse que jamais. Là où l’une excelle dans la réponse rapide aux crises alimentaires, l’autre construit patiemment les conditions d’un développement endogène. Ensemble, elles couvrent un spectre d’intervention qui va de l’urgence absolue à la transformation structurelle des sociétés.
Cette diversité d’approches s’inscrit dans un écosystème associatif plus large, coordonné en France notamment par Coordination SUD, la plateforme nationale des ONG françaises de solidarité internationale. À l’occasion de la Journée mondiale des ONG, cette structure a rappelé avec force que l’aide publique au développement constitue non seulement un outil de lutte contre la pauvreté, mais également un levier essentiel pour la paix et le respect des droits humains. Un message particulièrement pertinent à l’heure où les foyers de tension géopolitique se multiplient sur tous les continents.
Mobiliser au-delà des frontières institutionnelles
La sensibilisation du grand public constitue également un axe stratégique pour ces organisations. Des initiatives comme le concert caritatif « Faites solidaires ! » organisé à l’occasion de la Fête de la Musique témoignent de la capacité des ONG à investir des espaces culturels pour toucher de nouveaux publics. En associant engagement citoyen et convivialité, ces événements permettent de donner un visage humain à des enjeux souvent perçus comme lointains.
Sur le terrain, les projets de grande envergure continuent de voir le jour. En Afrique de l’Ouest, le projet PROPEL Adapt au Mali — doté de plus de neuf milliards de francs CFA — vise à améliorer les conditions sanitaires de quatorze millions de Maliens, illustrant l’ampleur des défis à relever et la nécessité d’un financement robuste et pérenne.
Vers un modèle de solidarité renouvelé
Au-delà des projets individuels, c’est bien un modèle global de solidarité internationale qui se dessine. ACF, le GRET et leurs homologues défendent une vision dans laquelle l’aide au développement n’est pas perçue comme une charité, mais comme un investissement collectif dans la stabilité, la dignité humaine et la prospérité partagée. Pour que cette vision se concrétise, ils appellent les États à honorer leurs engagements financiers et à diversifier les mécanismes de financement, notamment via une fiscalité internationale plus juste.
Dans un monde où les inégalités s’approfondissent et où les crises humanitaires se succèdent à un rythme préoccupant, l’existence et le dynamisme d’organisations comme Action Contre la Faim et le GRET représentent bien plus qu’un filet de sécurité : ils incarnent la possibilité concrète d’un autre futur, construit avec et pour les plus vulnérables.
