Alors que les besoins humanitaires ne cessent de croître au Cameroun, le Programme alimentaire mondial (PAM) lance un appel urgent : près de 600 000 personnes pourraient être privées d’aide alimentaire et nutritionnelle en 2026, faute de financements suffisants. Avec plus de 2,2 millions de personnes déplacées (dont 408 600 réfugiés et 1,8 million de déplacés internes) et 2,9 millions d’individus projetés en situation d’insécurité alimentaire critique ou d’urgence pendant la prochaine période de soudure (juin-août 2026), la situation est extrêmement préoccupante.
Un besoin de 95,2 millions de dollars
Pour maintenir son aide vitale et éviter une nouvelle dégradation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations vulnérables – réfugiés, déplacés internes et communautés d’accueil – le PAM a besoin de 95,2 millions de dollars américains pour l’année 2026. Sans ce financement urgent, l’organisation sera contrainte de réduire encore ses opérations, avec des conséquences graves pour les plus démunis.
Contexte : trois crises prolongées
Le Cameroun est confronté à trois crises chroniques qui affectent six régions (Adamaoua, Est, Extrême-Nord, Nord, Nord-Ouest et Sud-Ouest). Les projections du Cadre Harmonisé 2025 indiquaient que 2,6 millions de personnes souffraient d’insécurité alimentaire entre juin et août 2025, un chiffre supérieur à la moyenne des cinq dernières années (2,3 millions). La hausse des prix des denrées et des carburants, ainsi que l’aggravation de l’insécurité (hausse de 23 % des incidents signalés en 2025 par rapport à 2024), ont encore aggravé la situation.
Le retard de croissance (stunting) touche 29 % des enfants de moins de cinq ans, et 1,5 million d’enfants ont besoin d’aide pour accéder à l’école et y rester.
Réponse du PAM en 2025 : des résultats malgré les coupes
En 2025, le PAM a assisté environ 893 425 personnes (94 % des bénéficiaires prévus), via des distributions de nourriture et des transferts monétaires. Au total, 7 769 tonnes de denrées et 18,5 millions de dollars de transferts ont été distribués. Cependant, en raison des contraintes financières, ces montants ne représentent respectivement que 12 % et 56 % des quantités et fonds initialement planifiés. Les rations ont été réduites et les cycles d’assistance écourtés.

Parmi les bénéficiaires :
· 159 400 réfugiés (centrafricains et nigérians)
· 250 340 déplacés internes
· 493 835 résidents et retournés
Le PAM a élargi l’aide en cash (transferts monétaires) qui a concerné 53 % des bénéficiaires (contre 49 % en 2024), permettant aux populations d’acheter localement tout en réduisant les coûts opérationnels.
Un programme innovant : cantines scolaires et résilience
Le programme de cantines scolaires « Home-Grown » (alimentation produite localement) a continué de se développer, reliant les petits exploitants agricoles aux écoles. Environ 4 millions de dollars ont été injectés dans les économies locales. Le PAM a également soutenu la création de coopératives agricoles et renforcé les systèmes nationaux de protection sociale, contribuant à la stratégie nationale de développement (NDS2030).
Logistique et santé : un rôle clé
Le PAM a géré le corridor de Douala pour acheminer des vivres vers le Cameroun, la RCA, le Tchad et le Soudan. En partenariat avec le ministère de la Santé, il a stocké et livré 10,6 millions de moustiquaires (couvrant plus de 17 millions de personnes) et 12,7 millions de doses de vaccins à travers le pays. Le service aérien humanitaire (UNHAS) a assuré des liaisons régulières entre Yaoundé, Maroua et N’Djamena.
Financement : un déficit critique
En 2025, le PAM n’a mobilisé que 87,6 millions de dollars, soit seulement 58 % des besoins totaux du portefeuille pays (151,5 millions). Ce chiffre inclut des reports des années précédentes et seulement 26 millions de dollars confirmés en 2025. La contribution du gouvernement via la Banque mondiale (projet PULCCA) a offert un soutien précieux mais insuffisant.
Risques pour 2026
Sans nouvelles ressources, le PAM prévient : la réduction de l’aide risque de provoquer une flambée de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire, en particulier dans les régions les plus fragiles (Extrême-Nord, Nord-Ouest, Sud-Ouest). L’organisation appelle d’urgence les bailleurs et partenaires à combler le déficit de 95,2 millions de dollars pour 2026.
Conclusion
Malgré un contexte de sous-financement chronique et d’insécurité croissante, le PAM Cameroun a démontré en 2025 sa capacité à adapter ses opérations et à sauver des vies. Mais cette résilience a ses limites. Sans un engagement financier rapide et soutenu, des centaines de milliers de Camerounais – réfugiés, déplacés, femmes et enfants – risquent de basculer dans une famine évitable. L’heure est à la mobilisation internationale.
