Introduction
Le Cameroun fait face à un lourd fardeau sanitaire et économique. Selon le Rapport mondial sur la nutrition 2022, le pays subit une « triple charge » : retard de croissance (stunting), anémie et surpoids chez les femmes et les enfants. Une étude de 2021 révèle par ailleurs que 48 % des ménages camerounais ne peuvent pas se permettre une alimentation nutritive. Face à cette crise, amplifiée par les crises sécuritaires, le ralentissement économique mondial et les effets du changement climatique, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a déployé une réponse d’envergure en 2025.
L’urgence d’agir : les 1000 premiers jours
La malnutrition compromet le développement physique et cognitif des enfants, affaiblit le système immunitaire et réduit la productivité à l’âge adulte. Le PAM met un accent particulier sur la fenêtre critique des « 1000 premiers jours » – de la conception jusqu’à l’âge de deux ans. Les régions de l’Adamaoua, de l’Est, de l’Extrême-Nord et du Nord sont les plus touchées par le retard de croissance, avec des taux dépassant le seuil élevé de l’OMS, en particulier chez les garçons et les enfants de mères non éduquées.
Une réponse en deux volets en 2025
En 2025, le PAM a poursuivi une double approche : répondre aux besoins immédiats tout en offrant un soutien à long terme. Au total, plus de 196 200 enfants de 6 à 59 mois et 17 700 femmes et filles enceintes ou allaitantes ont été assistés, avec 1 680 tonnes d’aliments nutritifs spécialisés et 854 325 dollars de transferts monétaires.
· Traitement de la malnutrition aiguë modérée (MAM) : Le PAM fournit des rations mensuelles jusqu’à rétablissement. En 2025, 129 770 enfants et 80 femmes ont été pris en charge, avec un taux de guérison exceptionnel de 99 %. 1 406 tonnes d’aliments thérapeutiques ont été distribuées.
· Prévention : Environ 66 490 enfants de 6 à 23 mois ont reçu une supplémentation préventive, et 17 690 femmes enceintes/allaitantes ont bénéficié d’une aide en cash (854 325 USD) pour améliorer leur diversité alimentaire et payer les soins de santé.
Changer les comportements et renforcer la résilience
Le PAM ne se contente pas de distribuer de l’aide : il agit sur les pratiques. En 2025, 282 785 personnes ont participé à des activités de changement social et comportemental sur l’alimentation du nourrisson, l’hygiène, les régimes sains, le planning familial et la prévention du paludisme.
Par ailleurs, l’approche « résilience » a permis la création de 99 nouveaux « Foyers de Déviance Positive » – des lieux communautaires où des parents modèles (appelés « Mères et Pères Lumières ») enseignent comment préparer des bouillies enrichies avec des ingrédients locaux. 7 760 enfants souffrant de MAM y ont été inscrits, avec un taux de guérison de 85 %. Le PAM a également formé 2 569 acteurs (personnel de santé, agents gouvernementaux, partenaires) à la prise en charge de la malnutrition.
Surveillance nutritionnelle : des taux alarmants
Le PAM et le ministère de la Santé publique ont mené des dépistages massifs. Dans 14 districts de l’Extrême-Nord, 392 030 enfants ont été examinés, révélant un taux moyen de malnutrition aiguë globale de 23,1 % – bien au-dessus du seuil critique de 15 %. Ces données confirment l’urgence des interventions.
Perspectives : un risque majeur de résurgence
Malgré ces résultats, le PAM tire la sonnette d’alarme. En 2025, l’organisation a dû prioriser le traitement de la MAM dans les zones les plus touchées, réduisant considérablement sa capacité à financer les actions de prévention. Conséquence directe : aucune ressource n’est actuellement disponible pour les interventions de supplémentation préventive. Si l’aide ne reprend pas immédiatement, un risque significatif de résurgence de la malnutrition, en particulier dans l’Extrême-Nord, est à craindre.
Conclusion
Le PAM Cameroun a démontré en 2025 qu’une approche intégrée – traitement, prévention, éducation et résilience – fonctionne, avec des taux de guérison impressionnants. Mais cette dynamique est aujourd’hui menacée par un manque criant de financements pour la prévention. Sans un soutien rapide de la communauté internationale et des partenaires nationaux, les progrès durement acquis pourraient être anéantis, plongeant à nouveau des milliers d’enfants dans un cycle de malnutrition et de pauvreté.
